En 2026, la nouvelle Renault R5 s’est imposée comme la voiture électrique la plus vendue dans l’Hexagone, reléguant la Tesla Model Y loin derrière. Un succès commercial fulgurant qui a littéralement pris de court le constructeur français. Sébastien Martin, directeur de projet du site de Douai dans le Nord, confiait d’ailleurs fin janvier au micro de France 3 que personne n’avait véritablement anticipé un tel engouement. Dès le mois de novembre, un peu plus d’un an après son lancement, le cap symbolique des 100 000 unités produites était déjà franchi. Aujourd’hui, les chaînes d’assemblage crachent 900 véhicules par jour. Sur ce volume quotidien, 600 sont exclusivement des R5, le reste de la ligne étant partagé entre l’Alpine A290, la Nissan Micra, le Scénic et la Mégane.
Une main-d’œuvre renforcée de toutes parts
Pour soutenir une telle cadence, le pôle industriel a dû s’adapter dans l’urgence. L’arrêt des machines la nuit n’est plus envisageable. La production tourne désormais en continu grâce au recrutement de 600 personnes supplémentaires affectées aux horaires nocturnes. Petite subtilité tout de même imposée par la direction : ces nouvelles recrues doivent impérativement justifier d’une expérience préalable dans la production automobile pour réussir à tenir le rythme infernal du montage.
Pour trouver ces bras, le recrutement a ratissé large. Renault s’est massivement appuyé sur l’intérim et a fait appel à des renforts internationaux. Des salariés de l’usine argentine de Córdoba, actuellement confrontée à une baisse de charge, sont venus temporairement prêter main-forte. Leur mission consiste principalement à accompagner la formation et la montée en compétences des travailleurs locaux. Selon L’Usine Nouvelle, les équipes nordistes ont également été rejointes par des travailleurs marocains, ukrainiens, ainsi que par des réfugiés politiques afghans. La dynamique de l’emploi ne semble d’ailleurs pas près de s’essouffler, puisque 700 nouveaux CDI sont déjà programmés dans les usines de la région.
L’offensive industrielle s’élargit avec Ford
Ce bouillonnement à Douai ne profite pas uniquement au groupe Renault et à ses partenaires historiques de l’Alliance, Nissan et Mitsubishi. L’infrastructure performante d’ElectriCity attire désormais d’autres géants du secteur. Ford vient en effet de sceller un accord de production majeur avec le losange. L’objectif est clair : produire deux véhicules électriques sous la marque Ford destinés au marché européen. Ces modèles s’appuieront directement sur la plateforme Ampere de Renault et sortiront des mêmes usines nordistes.
Pour le constructeur américain, il s’agit avant tout de pragmatisme financier. Après avoir encaissé une lourde dépréciation de 19,5 milliards de dollars sur ses activités liées à l’électrique, la marque à l’ovale bleu opte pour une stratégie nettement plus économe en capital. Jim Farley, patron de Ford, assume pleinement cette direction. Il s’agit selon lui de combiner l’échelle industrielle et les actifs électriques de Renault avec le design et la dynamique de conduite propres à Ford. Outre-Manche, le RAC britannique laisse même entendre que cette synergie pourrait signer le grand retour de la célèbre Ford Fiesta, ressuscitée sous la forme d’une électrique « made in France ».
Vers une mutualisation des utilitaires
Au-delà de ces deux modèles de tourisme, les constructeurs regardent déjà plus loin. Une lettre d’intention a été signée pour explorer le développement et la fabrication conjoints de véhicules utilitaires légers. François Provost, directeur général du groupe Renault, voit dans ce partenariat une preuve éclatante de la compétitivité de l’entreprise face à un marché automobile européen en mutation rapide. En combinant leurs forces, les deux marques espèrent gagner en réactivité.
Le dirigeant a d’ailleurs tenu à lever toute ambiguïté auprès du magazine Auto Express concernant les approvisionnements du groupe. Si Renault prévoit bien de fabriquer en France un nouveau petit moteur électrique intégrant des composants du fournisseur chinois Shanghai e-drive, cette initiative n’a absolument aucun lien avec le partenariat noué avec Ford. L’américain vient simplement se greffer sur la plateforme Ampere existante, s’offrant un accès direct à des capacités de production éprouvées sans avoir à bâtir de nouvelles infrastructures coûteuses.