L’actualité des retraites marque ce début d’année 2026 par deux dynamiques distinctes. Alors qu’en France, les partenaires sociaux tentent de renouer le dialogue après un automne glacial, les fonds de pension américains, notamment celui de New York, affichent une santé robuste malgré les incertitudes économiques.
Agirc-Arrco : Le retour inespéré des négociations
Le dossier semblait clos, scellé par un échec retentissant à l’automne dernier. Les discussions sur la revalorisation des pensions complémentaires Agirc-Arrco, régime qui concerne près de 14 millions de retraités du secteur privé, s’étaient soldées par un désaccord profond. Les syndicats, qui plaidaient pour une hausse comprise entre 0,2 % et 1 % dès le 1er janvier 2026, s’étaient heurtés à une fin de non-recevoir du patronat, ce dernier s’en tenant au strict minimum. Conséquence immédiate de cette impasse : l’application automatique de la règle du gel des pensions pour l’année 2026, fixant la valeur du point à 1,4386 euros.
Cependant, la réunion au sommet qui s’est tenue ce mercredi 28 janvier au siège du Medef a rebattu les cartes. Initialement convoqués pour définir un agenda social large — incluant l’emploi des jeunes, l’assurance-chômage et le modèle productif — les leaders syndicaux et patronaux ont très vite recentré les débats sur le point de friction majeur : les retraites complémentaires.
Un bras de fer constructif
La rencontre a permis de briser la glace. Si Patrick Martin, président du Medef, a qualifié la tonalité de « franche et constructive », les syndicats ont été clairs sur leur position : pas d’avancée sur les autres dossiers sans réouverture du chantier Agirc-Arrco. Cette fermeté a payé. Michel Picon, de l’U2P, s’est dit « prêt à bouger » après concertation, tandis que Patrick Martin a reconnu la nécessité de reprendre les échanges dans un esprit d’ouverture, loin des tensions de la fin 2025.
Pour les syndicats, c’est une première victoire d’étape. Marylise Léon (CFDT) et Sophie Binet (CGT) ont insisté sur l’urgence de régler ce différend à court terme pour débloquer les discussions sur l’assurance-chômage, actuellement au point mort. Cyril Chabanier, président de la CFTC, affiche désormais un optimisme prudent, espérant que la revalorisation ne restera pas bloquée à zéro. Un nouveau rendez-vous, qualifié de « test » par la CPME, est d’ores et déjà fixé à la mi-mars 2026. Il devra tenir compte de l’inflation, de la conjoncture et des réserves du régime, conditions sine qua non pour toute évolution tarifaire.
Outre-Atlantique : La robustesse du fonds new-yorkais
Pendant que la France s’enlise dans des négociations complexes, la situation financière des grands fonds de pension américains offre un contraste saisissant. Le Contrôleur de l’État de New York, Tom DiNapoli, a dévoilé mercredi les résultats du New York State Common Retirement Fund, l’un des plus importants fonds publics des États-Unis.
Au terme du troisième trimestre de l’exercice fiscal 2025-2026 (clos le 31 décembre), la valeur estimée du fonds a atteint 297,8 milliards de dollars. Une progression notable par rapport aux 273,1 milliards audités fin mars de l’exercice précédent. Sur les trois derniers mois de l’année, les investissements ont généré un rendement estimé à 2,4 %.
Une stratégie de diversification face à la volatilité
Cette performance intervient pourtant dans un climat économique que Tom DiNapoli ne manque pas de souligner comme risqué. « La baisse des marchés boursiers, l’inflation, le ralentissement de la croissance de l’emploi et la volatilité économique générale demeurent des menaces », a-t-il précisé.
La résilience du fonds, qui assure la sécurité financière de plus de 1,2 million d’actifs et de retraités, repose sur une gestion prudente et diversifiée. La répartition des actifs témoigne de cette stratégie :
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40 % investis en actions cotées en bourse ;
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23,3 % en liquidités, obligations et hypothèques ;
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Le solde réparti entre le capital-investissement (private equity), l’immobilier et d’autres véhicules financiers.
Cette solidité financière américaine tranche avec les incertitudes du système par répartition français, bien que les deux modèles fassent face, chacun à leur manière, aux défis de l’inflation et de la conjoncture mondiale.