Le secteur immobilier mondial présente cette année un visage à deux faces. D’un côté, la course à la démesure architecturale continue de redéfinir les horizons urbains avec des projets défiant les lois de la gravité en Asie et au Moyen-Orient. De l’autre, le marché résidentiel, notamment outre-Atlantique, amorce en 2026 un rééquilibrage tant attendu, marqué par un retour de l’inventaire et une amélioration de l’accessibilité pour les ménages. Mise en perspective de ces deux réalités, entre prouesses d’ingénierie et conjoncture économique.
La folie des grandeurs : tour d’horizon des géants de béton
L’ingénierie moderne repousse sans cesse les limites, comme en témoignent les projets pharaoniques qui parsèment le globe. En tête de cette course verticale, l’Arabie Saoudite s’impose avec la Kingdom Tower à Jeddah. Ce chantier titanesque, mobilisant plus de 4 000 ouvriers pour un coût estimé à 1,7 milliard d’euros, vise une hauteur symbolique de plus de 1 000 mètres. Outre ses 59 ascenseurs, l’édifice propose un luxe inouï : pour acquérir un appartement dans ce qui s’annonce comme l’une des adresses les plus exclusives, le ticket d’entrée est fixé à 25 000 euros le mètre carré.
Dubaï n’est pas en reste et maintient sa réputation de laboratoire du futur. Si le Burj Khalifa (828 mètres) reste une référence avec ses 163 étages mêlant résidences, commerces et mosquée, il fait face à la concurrence locale du Dubai Creek Harbour. Ce projet, dont la structure évoque un minaret géant, ambitionne de dépasser les 900 mètres, offrant une plateforme d’observation spectaculaire sur la ville.
En Asie, la Chine et la Malaisie multiplient également les records. À Kuala Lumpur, la tour Merdeka PNB118 (630 mètres) redessine le paysage malaisien avec ses 128 étages. En Chine, la technologie se met au service de l’environnement et de la résilience. La Shanghai Tower (632 mètres) se distingue par sa capacité à produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme, tout en abritant les ascenseurs les plus rapides du monde (64 km/h). De même, le Ping An International Finance Center à Shenzhen a été spécifiquement conçu pour résister aux vents violents et à l’air marin, tandis que la Wuhan Greenland Tower intègre des systèmes avancés de récupération des eaux pour sa climatisation.
Une reprise marquée pour l’immobilier résidentiel en 2026
Loin de ces sommets stratosphériques, le marché de l’habitation « terre-à-terre » connaît une année charnière. Selon les analystes, 2026 signe le début d’un véritable rebond et d’un rééquilibrage des forces entre acheteurs et vendeurs.
Lawrence Yun, économiste en chef de la NAR, note une nette amélioration des volumes de ventes, qu’il projette en hausse de 14 % à l’échelle nationale. Cette dynamique s’explique par la dissipation progressive de l’effet de « verrouillage » : les propriétaires, poussés par les changements de vie, remettent leurs biens sur le marché. Conjuguée à une baisse des taux hypothécaires, cette tendance redonne du pouvoir d’achat aux acquéreurs. Fait notable, la croissance des prix des logements devrait se stabiliser autour de 2 à 3 %, s’alignant sur l’inflation générale, ce qui permet aux revenus des ménages de regagner du terrain.
Le paradoxe du neuf et de l’ancien
Sur le front de la construction, Robert Dietz de la NAHB souligne un phénomène économique rare : le prix médian des logements anciens dépasse désormais celui des constructions neuves. Cette anomalie s’explique par les incitations financières agressives des constructeurs et une géographie des chantiers plus excentrée. L’assouplissement de la politique de la Réserve fédérale, bien qu’indirect, allège le coût des prêts à la construction, favorisant une hausse modérée de 1 % des mises en chantier de maisons individuelles.
Cependant, le déficit structurel de logements reste un obstacle majeur. L’offre demeure insuffisante face à la demande démographique, et les experts appellent à une révision des politiques de zonage pour permettre une densification plus efficace, notamment via la construction de maisons de ville.
Nouvelles dynamiques géographiques et accessibilité
L’année 2026 confirme également une mutation géographique des marchés. Les zones autrefois surchauffées comme la Floride ou le Texas marquent le pas, laissant place à l’émergence de nouveaux pôles d’attractivité dans le Midwest. Des villes comme Columbus, Indianapolis ou Kansas City affichent une croissance supérieure à la moyenne, attirant les acheteurs grâce à leur abordabilité et la proximité de grands centres universitaires.
Pour Danielle Hale, économiste en chef chez realtor.com, le maître-mot de cette année est l’amélioration de l’accessibilité. Avec des stocks environ 20 % supérieurs à ceux de l’an dernier, les acheteurs disposent de plus de choix et subissent moins la pression des offres multiples. Si le rêve de propriété a été mis à rude épreuve ces dernières années par des taux élevés, la conjoncture de 2026 offre enfin une fenêtre d’opportunité pour le concrétiser plus sereinement.