PAR JEAN-CHRISTIAN KOMBILA

LA COOPÉRATION culturelle entre pays de la Communauté Economique des États de l’Afrique Centrale ( CEEAC) est plus dynamique que jamais. Du moins, un fait inédit le laisse penser. A savoir, l’accord politique retentissant, auquel sont parvenus les ministres en charge de la Culture et des Arts réunis, les 14 et 15 décembre 2022, en terre gabonaise.

En effet, au terme de l’Atelier Sous-régional  » Musées et Trafic Illicite des Biens Culturels en Afrique centrale », ces derniers ont adopté, à l’unisson, la  » Déclaration de Libreville » sur le trafic Illicite, la circulation, le retour et la restitution des biens culturels.

En soi, cette rencontre politique de haut niveau est une avancée significative des pays de la sous-région dans la sensibilisation de la communauté internationale devant le pillage organisé du patrimoine culturel commun.

 » Le vol, le pillage et le trafic illicite des biens culturels sont des crimes qui dépossèdent les peuples de leur histoire et de leur culture » a indiqué, d’emblée, le Pr Patrick Mouguiama-Daouda, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique, du Transfert de technologies, de la Culture et des Arts. De fait, il a pris soin de circonscrire les enjeux de l’heure :  » renforcer les capacités opérationnelles des douaniers, policiers et des administrations impliqués dans le traitement de ce problème » . Lequel représente, au yeux des autorités gabonaises,  » un pari à relever collectivement ».

Mis à part, son plaidoyer retentissant en faveur d’une réflexion collective devant aboutir, en effet, sur l’élaboration d’une stratégie adhésive et offensive contre ce fléau, son mérite politique est d’être parvenu à convaincre plusieurs ministres d’effectuer le déplacement de la capitale gabonaise.

Présidente de la Conférence des ministres de la Culture de la CEEAC, Catherine Kathungu Furaha mettant en cohérence, cette réunion et l’agenda culturel continental et international sur cette problématique, l’a relevé avec force.

Idem pour le Président de la Commission de la CEEAC, Gilberto da Piedade Verissimo faisant assaut d’amabilités envers le gouvernement gabonais, voire l’UNESCO, et l’ambassade de Suède, partenaires stratégiques de l’événement.

En outre, le « tempo » de cette rencontre majeure a été donné lors des échanges Ministériels initiaux ayant suivi la cérémonie solennelle d’ouverture.

A tour de rôle, Cathérine Kathunga Furaha, ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine ( RDC) ;

Marie-France Lydie H. Pongault, ministre de l’Industrie culturelle, touristique et artistique ( Congo- Brazzaville);

Jennifer Saraiva-Yanzeré, ministre des Arts, de la Culture et du Tourisme ( RCA);

Isabel Maria Correira Viegas D’Abreu, ministre de l’Education, de la Culture et des Sciences ( Sao Tomé et Principe);

Abakar Tozzi Teguil, ministre des Affaires culturelles, du Patrimoine historique, du Tourisme et de l’Artisanat ( Tchad);

Maria da Piedade de Jésus, secrétaire d’État à la Culture ( Angola), ainsi que l’hôte de ce rendez-vous ont fait valoir les efforts des différents gouvernements pour se conformer aux instruments normatifs de l’UNESCO, dont le Représentant- résident, M. Eric Volubi a pris une part active en vue de cette  » Déclaration de Libreville ».

Ce faisant, à côté de la participation ministérielle, à l’aune de laquelle s’apprécie le succès politique et diplomatique éclatant de cette réunion des ministres de la Culture et des Arts de la CEEAC, le contenu et le contexte stratégique global qui l’entourent, le soulignent davantage.

Ainsi, les différents Etats ont pris des engagements solennels. Notamment, en faveur de la mise en œuvre des instruments juridiques de l’UNESCO, la création d’ un réseau sous-régional multi acteurs de professionnels pour la lutte contre le trafic illicite et qui encadrent circulation, le retour et la restitution des biens culturels en Afrique centrale, l’investissement et la mobilisation des ressources, pour élaborer ou améliorer les stratégies nationales et sous-régionales en la matière.

Au-delà, ils ont exhorté la communauté internationale à  » soutenir pleinement la Déclaration de Libreville (…) sur le trafic illicite, la circulation, le retour et la restitution des biens culturels en vue de favoriser des synergies et une plus forte collaboration ».

Mais, auparavant, dans le cadre du segment politique de cet Atelier  » Musée et Trafic Illicite des Biens Culturels en Afrique centrale », les ministres de la Culture et des Arts du CICIBA se retrouvés pour un huit-clos très attendu.

En prélude aux festivités des 40 Ans de l’institution prévues en 2023, le moins qu’on puisse dire est que ce conclave est de bon augure pour un regain de sérénité et de rayonnement de l’institution.

Enfin, on rappelle que ledit Atelier comprenait également un segment technique pour les professionnels du Patrimoine et des musées, les douaniers et la Police venus de dix pays de la sous-région, en plus du Bénin dont l’expérience concernant la restitution des biens culturels est digne de faire école à l’échelle régionale. Au final, il s’est agi d’un Rendez-vous du Donner et du Recevoir.

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