Ce mardi 19 juillet 2022 a été le 2ème jour d’audience de l’affaire susmentionnée. Depuis lundi 18 juillet, SOS Prisonniers Gabon, a reçu plusieurs appels et messages lui demandant la publication du compte rendu de l’audience de Patrichi Tanasa. Nous tenons à présenter au public nos sincères excuses de n’avoir pas été capables de vous faire le compte-rendu de la première journée d’audience, car à l’occasion de la journée internationale Nelson Mandela pour les droits des détenus, nous étions en mission de dons à la Prison Centrale de Lambaréné – une mission couronnée de succès grâce à Dieu.

 

Vos nombreux appels et messages ont été le signe que SOS Prisonniers Gabon appartient à une grande famille… Nous vous en sommes très reconnaissants !

C’est à 9h58 ce mardi 19 juillet que la Cour criminelle spécialisée a fait son entrée pour la reprise de l’audience, suspendue lundi 18 juillet 2022.

Une fois les accusés à la barre, le Président ouvre les hostilités en demandant à Patrichi Tanasa de décliner d’abord sa mission en tant qu’ Administrateur Directeur Général (ADG) de Gabon Oil Company (GOC), ensuite de décliner l’organigramme de la GOC. L’accusé répond clairement aux deux premières questions.

 

Le Président de la Cour spécialisée poursuit son instruction à la barre. Cette fois-ci, il demande pourquoi la trésorerie de la GOC était directement attachée à la Direction Générale.

 

Réponse de Tanasa « Pour plus d’efficacité. »

 

Quelque temps après, Dame Ndemengane Ekoh Geaurges, ancienne Trésorière de la GOC, répondra à la question de la Cour lui demandant de décliner le rôle d’un trésorier. Elle va répondre en disant qu’elle avait pour mission d’effectuer les paiements de la société.

Mais Me Taty, avocat de la dame, rappelle à la Cour que sa cliente est poursuivie pour “complicité de détournement des fonds publics de 100.000.000 FCFA,” et non pour autre chose.

 

L’instruction à la barre suit son petit chemin. La Cour pose à nouveau à Patrichi Tanasa « Quand vous êtes arrivé à la structure, quelle était la situation ? »

 

Réponse : « à mon arrivée, en mai 2018 à la GOC, j’avais lancé un audit, qui a révélé une perte de plus de 10 milliards. » La GOC était en difficulté, ajoute-il.

 

Quant à Ayong Kondje Obame, ancien Administrateur Directeur Général, adjoint de Tanasa à la GOC, la Cour l’interroge sur sa déclaration en enquête préliminaire: « Vous avez déclaré en enquête préliminaire que Monsieur Tanasa faisait plusieurs sorties d’argent injustifiées. Pouvez-vous nous expliquer ?”

 

Réponse : « à mon arrivée à la GOC, il n’avait pas de Procédure claire de décaissement d’argent. » Il précise que c’est suite au rapport d’audit du cabinet Deloitte qu’il a fait cette déclaration.

 

La Cour ajoute « pourquoi le cabinet Deloitte a refusé de certifier les comptes de la GOC ? »

 

Réponse de Ayong Kondje « Il faut poser cette question à Tanasa. » Mais finalement Kondje répond, en disant que c’était pour ne pas engager sa responsabilité que le cabinet Deloitte a refusé de certifier.

 

Me Anges, l’un des avocats de Tanasa, fait observer à la Cour que quand son client est arrivé à la tête de la GOC, il a trouvé un manque de 42 milliards. Mais le juge d’instruction n’a jamais daigné en savoir plus sur les sorties de cet argent. “Pourquoi ?” s’interroge la défense.

Le nom d’Arnaud Engandji est abondamment cité comme ancien Directeur de ladite structure. Il n’a jamais été entendu sur cette affaire de 42 milliards…

 

Mais le Président revient à la charge en demandant à nouveau à monsieur Ayong Kondje Obame d’expliquer sa déclaration sur les sorties d’argent injustifiées. Mais l’ancien adjoint de Tanasa dit à la Cour que ce n’est pas lui qui a dit cela. Il a simplement répété les propos du rapport du Cabinet Deloitte.

 

Ayong Kondje, sur insistance de la Cour, va dire que de 2016 à 2018, il y a eu une perte de 42 milliards.

 

Aussitôt, Moumbembé, l’autre avocat de Tanasa, va donc dire à la Cour « Qu’est-ce que Tanasa fait donc ici ?  »

 

Réponse de la Cour : « Tanasa est ici parce qu’il est accusé de détournement ! »

 

Ensuite le Président ajoute que les accusés sont ici pour la période à laquelle ils avaient la gestion de la structure.

 

Le Président pose la question à Tanasa : « Qui avait droit à la signature pour le décaissement de l’argent? »

 

Réponse de Tanasa : « Ayong Kondje et Moi. Ayong pouvait décaisser jusqu’à 100 millions maximum. Mais moi je n’avais pas de limite de décaissement. »

 

Une voisine murmure : « Patrichi Tanasa maîtrise son dossier, il est diplômé en intelligence économique ! »

 

Question du Président : « Qui a décaissé les 100 millions ? »

 

Réponse de monsieur Ayong : « c’est moi qui ai instruit madame Ndemegane de décaisser 100 millions sur instruction de Tanasa. »

 

Il ajoute que cet argent était pour payer les perdiems à la Direction des hydrocarbures, du Ministre de l’économie et d’autres responsables administratifs, selon le courrier de l’ancien Directeur de Cabinet du Président de la République, Brice Laccruche Alihanga.

 

Quant à la trésorière, dame Ndemengane, elle reconnaît que c’est elle qui a été toucher la somme de 100 millions à la banque et qu’elle a remis cela à monsieur Ayong Kondje Obame. Ce dernier affirme qu’il a remis à son tour l’argent à Patrichi Tanasa.

 

La partie civile, par l’entremise de Me Agondje, va brandir le courrier que Ayong Kondje a évoqué, en disant que le Directeur de Cabinet avait écrit en donnant l’accord. En effet, il s’agit de la lettre signée de Patrichi Tanasa en qualité d’ADG de la GOC.

Dans ce courrier, l’ADG demandait au DCPR s’il pouvait decaisser 100 millions pour le paiements des perdiems. Le DCPR a juste fait une annotation en donnant son accord et il a signé dessus. Pour Me Agondje, cette lettre n’a pas de valeur et ne peut pas permettre qu’on décaisse 100 millions.

 

La défense va réagir par la voix de Me Jean-Paul Moumbembé, en disant à la Cour que “Quand j’étais avocat de la République à l’époque d’Omar Bongo, quand je lui envoyais une lettre pour réclamer mes honoraires. Il mettait juste « accord total et signait. » Avec cette annotation, je partais au Trésor public et on me payait à base de cette note.”

 

Le Président rétorque à Me Moumbembé : « Parfois nos dirigeants ne sont pas professionnels. »

 

Le Président demande alors à Tanasa s’il a la liste des personnes qui ont reçu cet argent ?

 

Réponse : « je n’ai pas de liste, mais j’ai les noms. »

 

Les bénéficiaires de cet argent étaient le Ministre de l’ économie, le Directeur des hydrocarbures et d’autres responsables.

 

La défense fait observer à la Cour que pour la manifestation de la vérité, il serait judicieux d’entendre toutes ces personnes.

 

Elle sollicite donc de la Cour la comparution desdits responsables administratifs clairement identifiés. Mais cette demande n’est pas acceptée par la Cour .

 

Il est 11h10. Madame la Procureure Générale prend la parole pour la première fois depuis la reprise de l’audience. Elle demande à Tanasa de prouver que les destinataires de cet argent ont reçu les sous.

 

Me Gey Bekale, l’autre avocat de Tanasa Patrichi, demande au Président de la Cour de convoquer les personnes citées. Il ajoute que même s’il agit des Ministres, ils restent avant tout des citoyens et doivent répondre devant la loi pour la manifestation de la vérité.

 

La Cour reproche également aux accusés d’avoir décaissé 200 millions pour la location d’un hélicoptère pour la tournée Politique de Brice Laccruche Alihanga, ancien Directeur de Cabinet du Président de la République.

 

Sur cette affaire, l’avocat de Ayong Kondje Obame, Me Alicia Ondo, va préciser à la Cour qu’il ne s’agit pas de 200 millions mais de 23 millions.

 

Mais le Président demande aux accusés: “pourquoi décaisser encore de l’argent pour la location d’un hélicoptère alors que la GOC a déjà un contrat de location annuelle d’un hélicoptère pour ses différentes missions de terrain ?”

 

Mais la défense a répondu en disant que ce jour-là, c’était pour une opération ponctuelle. Trois sites devaient être visités par des experts, donc l’hélicoptère qui était réservé pour la GOC a servi à la tournée Politique du DCPR dans la province de la Nyanga. Il fallait donc trouver un autre hélicoptère pour les besoins de la GOC. En plus, le Directeur de Cabinet avait promis de rembourser les 23 millions que la GOC avait dépensés pour la location de l’hélicoptère. Mais l’argent n’a jamais été remboursé.

 

Sur le décaissement de 95 millions × 2.

 

Il est également reproché aux accusés d’avoir décaissé la somme de 95 millions × 2. Mais l’administrateur Directeur général adjoint de la GOC, explique que cette somme avait été débloquée à titre de contribution pour la mobilisation des associations qui devaient aller accueillir le Chef de l’État à l’aéroport de Libreville au lendemain de sa convalescence au Maroc.

 

Sur le Parc automobile, le Président de la Cour spécialisée demande à Tanasa de parler du Plancar de la GOC. Patrichi Tanasa dit que l’administrateur Directeur général qu’il était avait droit à une voiture de 40 millions et les autres responsables avaient droit une voiture de 30 millions. Il ajoute qu’en juillet 2018, il a revu à la baisse les coûts des voitures: 30 millions pour les DG, et 20 millions pour les autres responsables.

 

Mais le Président de la Cour rappelle à Patrichi Tanasa qu’en 2016, le Conseil d’administration de la GOC avait limité le nombre des personnes qui devaient bénéficier des voitures. Mais Tanasa n’a pas respecté la décision du Conseil d’administration, en octroyant les voitures à presque tous les agents de la GOC, sans rien payer pour certains.

 

Tanasa répond en disant qu’il a donné les voitures à ses collaborateurs les plus méritants et c’était pour un souci d’efficacité. Car ses agents étaient les premiers à venir au travail et les derniers repartir chez eux.

 

Le Parquet Général revient sur les subventions aux associations, Ongs, Fondation et les aides aux tiers.

 

Patrichi Tanasa dira que la GOC avait décaissé au cours d’une seule année :

 

– 1 milliard Fegafoot

– 150 millions Fondation Sylvia Bongo (Octobre rose)

– 150 millions Tropicale Amissa Bongo

– 29 millions association Engong Forever

– 62 millions association antô winners…

Plusieurs autres associations ont également reçu des aides ou subventions.

Qui connaît le nom du nouveau ADG de la GOC ? On va aussi demander la subvention oh .

 

Plus de 2 milliards dépensés pour les aides et associations.

 

Le Président de la Cour demande à Patrichi Tanasa comment même la Fegafoot, qui a déjà beaucoup d’argent de la Fifa, reçoit encore 1 milliard de la GOC ?

 

Mais Me Moumbembé dit à la Cour que Sylvia Bongo aussi a déjà beaucoup, mais pourquoi elle reçoit encore la contribution de la GOC ? Tanasa va répondre en disant  » j’étais presqu’obligé de participer aux activités de madame Sylvia Bongo. C’était 150 millions à chaque « Octobre Rose. »

 

Il ajoute que sous l’ère Engandji, la GOC avait signé un contrat pour appuyer les actions du plan stratégique Gabon émergent (PSGE). Mais un jour il reçoit le coup de fil de Jesy Ella Ekogha, l’actuel Porte Parole de la Présidence de la République, “pour me dire que je dois soutenir la première dame dans le cadre de ce contrat. Quelque temps après, c’est Ike Ngouoni qui m’a demandé de soutenir la première dame. Puis j’ai rencontré le Directeur de Cabinet du Président de La République, il m’a confirmé que la première dame avait besoin de cet argent. C’est ainsi que j’avais débloqué 400 millions pour elle.”

 

Me Moumbembé pose la question à son client : “qu’est-ce qui te serait arrivé si tu avais refusé de donner l’argent à Sylvia ?”

 

Réponse  » Si j’avais refusé mon pensionnat à la Prison centrale aurait pu se faire plus tôt. »

La salle se met à acclamer la Réponse de Patrick Tanasa comme dans un meeting . Un vacarme s’installe dans la salle d’audience. Mais le Président, visiblement très remonté, demande aux personnes assises au fond de libérer la salle.

 

Quelques minutes après, l’audience se poursuit. La défense s’interroge : « Pourquoi Sylvia Bongo Ondimba n’a jamais été entendue ?”

 

La Cour souligne également que plus de 820 millions de prime exceptionnelle entre 2018 et 2019 ont été décaissés pour les agents de la GOC.

 

Le Président fait également observer que les frais de missions à l’étranger comme à l’intérieur du pays ont explosé depuis l’arrivée de Patrichi Tanasa.

 

Sur les bâtiments.

 

Les immeubles avaient été achetés par son prédécesseur à 9 milliards plus 3 milliards des travaux. Mais quelques temps après, la nouvelle équipe se rend compte que les immeubles commencent à se dégrader rapidement. Un expert de l’Anuttc est donc venu faire l’expertise, qui a révélé que la vraie valeur de ces immeubles est de 3 milliards.

 

Sur le blanchiment des capitaux.

 

La Cour commence en demandant à Patrichi Tanasa son salaire mensuel

 

Réponse « 20 millions. »

 

Mais la Cour explique que depuis qu’il a été nommé, son train de vie a augmenté, ses biens ont prospéré et il était très généreux. « Une générosité énervante  » martele le Président.

 

Mais Tanasa se justifie en disant qu’au delà de son salaire mensuel de 20 millions, il recevait également des bonus. Il ajoute que le Président de la République avait fait une prime à ses collaborateurs, issus des recettes pétrolières.

 

Tels que :

 

-Brice Laccruche Alliangha ( BLA) ancien Directeur de Cabinet du Président de la République: 1 milliard cinq cent mille fcfa

– Noureddin Bongo Ondimba : 1 milliard cinq cent mille

– 400 millions Pour Noel Mboumba, ancien Directeur général de Sogara

– 400 millions pour Patrichi Tanasa. (il a reçu cette prime ou bonus à plusieurs reprises)

 

Mais le Président ajoute que Tanasa avait donné l’argent à tout le monde, qu’il avait acheté les voitures à tout le monde dans son entourage.

 

L’accusé reprend la Parole et dit qu’il n’avait pas acheté des voitures, mais il a aidé par exemple le jeune activiste pro- Ali Bongo, Daryl Danyel Ekorezock. Patrichi a donné 5 millions à Daryl pour compléter pour l’acquisition d’une voiture de 10 millions.

 

Il a également remis 20 millions à l’actuel maire adjoint de Libreville, Karim Nziengui, pour compléter l’achat de sa voiture.

Comme une sorte de déclaration de fortune, Patrichi Tanasa dit qu’il possède 6 voitures, dont 2 Vx, un terrain à Essassa, acheté avant de travailler à la GOC. Il évalue ses voitures à environ 200 millions. Il a aussi acheté une maison à 600 millions.

 

Il a également acheté les engins de terrassements pour sa localité au village (une bulle, un tractopelle, un camion). Tout ceci à coûté plus de 300 millions.

 

Après avoir épuisé l’instruction à la barre, la Cour a suspendu l’audience pour les requisitions du Parquet Général, les plaidoiries et le délibéré, qui auront lieu ce mercredi 20 juillet 2022.

 

SOS Prisonniers Gabon, pour le respect des droits humains en milieu carcéral. 

HUMANISONS LES PRISONS

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