PAR : CHRISTIAN DE SAINT-BERNARD

 

JAMAIS, Depuis 1990, un mouvement social orchestré en public par les syndicats historiques, n’a autant suscité l’étonnement de la grande majorité des concitoyens, de nombreuses tentatives d’interprétation, de quête de sens, de recherche de finalité sous-jacente que celui lancé à la surprise générale par la CONASYSED et le SENA depuis quelques semaines.

Ce mouvement est d’autant plus étonnant que peu avant son lancement, l’une des figures de cette grève visant, au fond, à créer des troubles dans le secteur Éducation, a cru bon de faire cette déclaration, lors d’une rencontre entre la tutelle et les partenaires sociaux :

« Monsieur le Ministre, nous n’avons pas d’agenda caché » a confié Fridolin Mvé-Messa, leader du SÉNA.

Dans l’immédiat, on se contente d’observer l’évolution des rapports de force sur le champ contestataire. Nonobstant la légitimité des revendications qui fondent cette grève, lesquelles s’articulent essentiellement autour des Régularisations des situations administratives, des Recrutements directs, des Examens et Concours internes, ainsi que des Situations financières, celle-ci témoigne d’une vérité implacable :

La grève lancée par la CONASYSED et le SÉNA n’impacte pas considérablement le paysage éducatif national.

Seules 9 écoles primaires sur 953, et 12, 34 % d’établissements secondaires en subissent les effets néfastes.

Les causes de ce manque d’effervescence socio-syndical sont plausibles. La première tient au brouillard projeté par la nouvelle alliance construite avec un bric-à-brac d’archaïsmes structurels en tout genre par deux leaders syndicaux, MM. MOMBO et Mvé M’Essa, dont les trajectoires militantes restent diamétralement opposées. Une chose jugée déroutante au sein de la base orthodoxe et radicale de la CONASYSED, historiquement critique à l’encontre de l’élite du SÉNA soupçonnée, à tort ou à raison, de championne des compromissions avec le gouvernement. Dès lors, la démobilisation est inévitable.

L’autre raison découle de celle-là, car il est de notoriété que le leader du SÉNA, Mvé M’Essa est un hôte assidu du cabinet du Pr Patrick Mouguiama-Daouda, Ministre en charge de l’Education nationale et la Formation Civique.

Fort de cette proximité, le leader syndical considère chaque audience comme une opportunité pour soumettre des besoins multiformes en rapport avec le syndicat. Or, ce n’est pas toujours le cas pour les responsables syndicaux de la CONASYSED.

Aussi, en ce moment se tient la Commission du Dialogue Social réunissant autour de la tutelle l’ensemble des partenaires sociaux.

Lancé solennellement par le ministre, en personne, ce Dialogue Social organisé à l’Ecole normale supérieure de Libreville est construit autour de six Commissions :

Situations administratives et Gestion des carrières, Réformes pédagogiques et curriculaires, Gouvernance des établissements scolaires, Situations financières, Infrastructures scolaires,

Libertés syndicales…

Autant la légitimité des points posés n’est pas mise en cause, pour autant l’opportunité de ce mouvement social ne convainc point la communauté éducative au sens large.

Enfin, il y a sans aucun doute le poids de plus en plus pesant du monolithisme syndical et qui ne garantit plus la crédibilité des postures des leaders.

Pour les nouvelles générations d’enseignants syndiqués, une question taraude leurs esprits :

Le mouvement démocratique atteindra-t-il un jour le champ syndical national ?

Dans l’immédiat, on note l’émergence de nouvelles forces syndicales au sein du secteur de l’Education.

Il s’agit de la Coordination des Syndicats Libres et Autonomes, et le Groupe de Réflexion et d’Action soudée des Leaders et Syndicats Soudés de l’Education nationale ( GRALSENS).

Lors de son Assemblée générale constitutive, samedi dernier au gymnase du Lycée National Léon Mba, à Libreville, les leaders présents ont, dans leurs déclarations fondatrices, pris leurs distances d’avec le mouvement des

Grévistes de la Conasysed et du SÉNA.

 

 » Lors de notre sortie officielle, le 25 septembre, nous vous appelions tous à procéder à une rentrée des classes effectives » a relevé M. Ndong Allou.

Prenant soin d’expliquer aux adhérents l’intérêt de revendiquer un nouveau leadership syndical, avec pour crédo la fidélité à sa ligne syndicale, laquelle vise à chercher des solutions à nos revendications sans pour autant entraver le déroulement normal des enseignements.

A cet égard, le GRALSENS et la Coordination des Syndicats Libres et Autonomes se félicitent de la mise en place par le Pr Patrick Mouguiama-Daouda, de la Commission Ministérielle du Dialogue Social, dans laquelle siègent les leaders syndicaux du secteur Éducation sans exclusive..

Ce faisant, pour répondre aux enjeux de RESTAURATION de l’Ecole de la République, de Modernisation du système éducatif, ces nouveaux acteurs déplorent que les grèves cycliques et intempestives dans le secteur Éducation restent trop centrées sur les situations administratives et les aspects matériels personnels.

Hélas, ces luttes corporatistes n’accordent pas toujours la priorité à l’Enfant, lequel représente le futur.

De facto, ces éléments objectifs confirment la suspicion entourant l’alliance CONASYSED /SENA, volontiers accablée par les réformes structurelles, pédagogiques et des curriculas impulsées par la tutelle.

Dans le contexte de brouillard orchestré, le monde syndical gabonais se trouve à un tournant stratégique de son histoire.

Du moins, en prenant le temps de comprendre le regain d’offensive de ces Nouveaux acteurs.

Lesquels sont plutôt sensibles aux efforts inlassables de transformation des structures, en plus de la construction des nouveaux établissements scolaires, le tout en dix huit mois, à travers le Grand Libreville.

A cet égard, ils considèrent en particulier la pratique éprouvée de l’écoute silencieuse et du dialogue qui caractérisent le titulaire de ce département ministériel, soucieux d’accompagner tous les syndicats du secteur Éducation en cas de besoin.

Désormais, le grand défi posé en théorie et en pratique à cette coalition CONASYSED / SÉNA, au risque d’être condamnée à l’isolement, pointe dans les faits l’incapacité de son élite jugée dogmatique à symboliser le renouveau du mouvement social. Même pour les syndicats identifiés comme étant porteurs d’une nouvelle énergie constructive, fixer et atteindre ce nouveau cap passe par l’appropriation d’une nouvelle approche de la culture syndicale et de la négociation avec la tutelle, au-delà avec le gouvernement.

Une culture syndicale fondée, en effet, sur la nécessité de construire de véritables synergies partenariales accordant la primauté de l’Elève, synonyme d’avenir, plutôt qu’au culte des enseignants grévistes.

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