Comme il est de coutume chaque 16 août, à l’occasion de la célébration de l’accession du Gabon à la communauté internationale, le président de la République, s’adresse à la Nation par les canaux de communication divers. Il y a fait plusieurs annonces économiques, qui ne sont du goût de l’économiste Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. Qui a à son tour a décripté le pan économique du discours d’Ali Bongo Ondimba comme biens d’autres avant lui, dans  une interview qu’il a accordé à notre rédaction. Lecture

 

Gabon Infos : Sur quoi se fonde Jean Gaspard Ntoutoume Ayi pour déclarer que la Transgabonaise ne se fera pas ?

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi : En effet, au mois de septembre 2020, en réponse à la question de l’un de vos confrères dans l’émission « Canapé Rouge », je disais exactement ceci : « l’aéroport d’Andeme et la Transgabonaise vont finir comme le tas de sable qui est au bord de mer ». Une année plus tard, rien de ce qui s’est produit ne m’invite à revenir sur cette assertion. Il se trouve que le samedi 14 août j’ai effectué en voiture le trajet Libreville-Oyem. Cela se passe de commentaires, vu l’État de la route.

Vous me demandez sur quoi je me fonde pour déclarer que la Transgabonaise ne se fera pas. Comme chaque Gabonais, je me fonde d’abord sur l’expérience des douze années que nous venons de passer. Je vous mets au défi, et mes contradicteurs avec, de me citer un seul projet initié au nom de l’État depuis 2009 qui a été réalisé. La liste est longue des annonces sans lendemain. Les 5000 logements par an, la construction à la cité de la démocratie d’un terrain de Golf et d’un circuit de formule 1, la construction des 400 salles de classe annoncée en 2013, les 60 lycées qui devaient être construits par l’ANGT, les 94 salles informatiques des lycées et collèges, le Fonds d’initiative départemental de 1 milliard de Fcfa pour chacun des 48 départements du Gabon, etc. Toutes ces annonces ont été faites dans un cadre solennel, des dotations budgétaires ont été parfois inscrites au budget de l’État. Malgré cela, aucun de ces projets n’a vu le jour.

Ce n’est pas parce que les Gabonais ne disent rien et essayent de vivre comme ils le peuvent la situation chaotique dans laquelle se trouve notre pays qu’ils n’en pensent pas moins. Interrogez-les. Essayez-vous à un sondage auprès des Gabonais, vous constaterez qu’ils n’attendent rien d’autre que la chute de ce pouvoir auquel aucune personne censée n’accorde plus la moindre confiance.

Gabon Infos : Le président Ali lors de son dernier discours à la Nation s’est autosatisfait du rayonnement du Gabon grâce à sa politique environnementale, économique et politique. Que pensez-vous ?

Jean Gaspard Ntoutoume : par pudeur et pour le respect que j’ai pour la première institution de mon pays, je n’ai pas suivi la Vidéo qui a été diffusée. En revanche j’ai lu le texte qui a été également diffusé dans les réseaux sociaux. Je crois que le mot autosatisfaction n’est pas suffisant pour qualifier le texte que j’ai lu. L’expression «méthode Coué» semble mieux convenir pour désigner la forme d’optimisme volontaire mêlée de déni du réel qui en ressort.

Disons-nous pour une fois les vérités qui ne font pas plaisir. Le Gabon est un pays en déclin du fait de la Gouvernance désastreuse de Monsieur Ali Bongo, aggravée depuis octobre 2018 par son état d’incapacité à remplir les charges de la fonction de président de la République. Depuis trois ans, le monde entier regarde le Gabon, inquiet de l’issue de cette imposture inédite.

Le Gabon est aujourd’hui une curiosité pour les autres peuples du monde. Comme l’Algérie de Bouteflika, notre pays est depuis bientôt 3 ans l’otage de clans qui se succèdent et se dévorent autour de Monsieur Ali Bongo en pillant comme jamais le peu de ressources dont dispose l’État.

Inutile d’en faire l’inventaire, au Gabon rien ne marche. Tout va mal. Très mal. Que ce soit l’éducation, la santé, les infrastructures, tout va mal. Très, très mal. Et tant que cette imposture perdurera, il n’y a aucune chance pour que cela change.

Gabon Infos: le Chef de l’État veut faire du Gabon un pays de plein emploi. Est-ce réalisable ?

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi : les centaines de milliers de jeunes Gabonais qui recherchent un emploi gouteront peu ce qui ressemble à une plaisanterie de mauvais goût. Il suffit de revisiter les discours précédents pour retrouver les mêmes affirmations sans lendemain.

Le plein emploi ne se décrète pas. Il se construit sur la durée à travers la mise en œuvre d’une stratégie de développement clairement définie. Au Gabon il n’en est rien. Notre pays est abandonné à lui-même depuis 2009 du fait de l’inconséquence, de la cupidité et de l’incompétence de compatriotes qui se sont imposés au pouvoir par la force des armes et ont pensé que leurs intérêts particuliers pouvaient supplanter l’intérêt général. Fort heureusement, ils sont de moins en moins nombreux.

Gabon infos : Le FMI a renouvelé fin juillet, sa confiance au Gabon en lui accordant un prêt qui permettra de bâtir l’avenir dans la sérénité. Cette cagnotte va réellement servir au bien des populations ?

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi : Le 19 juin 2017, le Conseil d’Administration du FMI avait approuvé un accord élargi au titre du mécanisme élargi de crédit en faveur du Gabon et pour une période de 3 ans. Ce programme d’ajustement structurel signé avec le FMI a ouvert la voie au décaissement de quatre appuis budgétaires, donc des emprunts, sur la période 2017-2020 avec le FMI, la Banque Mondiale, l’AFD et la BAD pour un montant total de 1472,7 milliards de Fcfa. Quel bilan a été fait de ce programme ? Ni le FMI, ni les autorités gabonaises n’ont eu la décence de le dire. Tout ce que l’on peut en retenir c’est que la dette du Gabon est passée de 4.000 milliards de Fcfa en 2017 à 7.000 milliards à la fin du programme sans qu’il ne soit possible d’identifier la moindre retombée positive pour le pays.

Le nouveau programme, approuvé par le Conseil d’administration du FMI le 28 juillet 2021, porte sur un montant de 306 milliards de Fcfa sur une période 3 ans. Il viserait (1) à soutenir à court terme la crise de la Covid-19 et (2) à jeter les bases d’une croissance postpandémie forte, verte, tirée par le secteur privé et qui profite à tous les Gabonais. Selon le communiqué du FMI, les réformes seront axées sur la création d’un espace budgétaire pour les dépenses sociales prioritaires, la réduction de la vulnérabilité de la dette, le renforcement de la gouvernance et de la transparence, et l’amélioration de l’inclusion financière.

Même les moins avertis des Gabonais n’accordent plus aucun crédit à la capacité de notre pays à se développer grâce à l’assistance du FMI. En responsabilité, nous devons à la vérité de dire que le FMI, dans ses relations avec le Gabon, n’a d’autres objectifs que de servir les intérêts de ses principaux actionnaires qui sont aussi les principaux créanciers du Gabon. De manière scandaleuse, le FMI accompagne, en la soutenant, l’entreprise de pillage des ressources du Gabon depuis plus de 10 ans qui a conduit le pays à un niveau d’endettement insoutenable. Cela est regrettable.

 

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