Gabon-info.ga : Monsieur le Directeur Général, un imbroglio administratif règne actuellement  à la Direction de l’Ecole Doctorale des Grandes Ecoles (EDGE). Il s’agit de la non-application  par vous et le Secrétaire Général du Ministère, de l’arrêté n°000003/MESRSTT/SG/DGES, portant nomination à la Direction de l’EDGE. Toute  chose qui bloque le fonctionnement de l’Ecole Doctorale. Qu’en est-il exactement ? Qui, selon vous,  serait à l’origine de ce blocage ? 

 

Christel-Donald ABESSOLO : Il y a quelques jours, j’apprenais par voie de presse que je faisais, au moins par mon inaction supposée, obstruction à  l’application d’une décision ministérielle que je suis censé faire appliquer. Il s’agit de  l’arrêté dont les références sont rappelées supra, et qui porte nomination d’un  nouveau directoire à l’EDGE. J’avoue avoir regretté, et c’est peu dire !, que dans  l’intérêt de la vérité, l’auteur de l’article intitulé « Enseignement Supérieur : EDGE,  magouilles et usurpation flagrante au sommet », paru le 08 août dernier sur vos colonnes,  n’ait pas suffisamment investigué son objet. A ce titre, je vous remercie de me  permettre enfin d’éclairer l’opinion à ce sujet. Vous me posez deux questions en une. D’abord, vous constatez qu’alors que  l’article 3 de l’arrêté n°000003/MESRSTT/SG/DGES cité ci-dessus fait obligation  au Secrétariat Général du Ministère et au Directeur Général de l’Enseignement  Supérieur d’exécuter la décision de nomination des nouveaux responsables de  l’EDGE, rien n’y est fait. Et vous vous demandez pourquoi. La réponse se trouve  dans une recommandation de l’Autorité ministérielle, qui souhaitait elle-même  procéder solennellement à l’installation du nouveau directoire de l’Ecole doctorale,  en marge d’une journée « portes ouvertes » qu’elle entendait organiser à l’ENSET, pour célébrer la recherche scientifique, et susciter des partenariats avec le monde de l’entreprise. A ce titre, le Ministre nous avait instruits d’ordonner la tenue d’un  conseil doctoral à l’effet de permettre à l’équipe sortante de faire le bilan de ses  quatre années de gouvernance, aux plans moral, scientifique, financier, administratif  et juridique. Ensuite, vous constatez l’existence d’un blocage qui obère le fonctionnement de  l’EDGE, et souhaitez en connaître l’origine. L’origine du blocage, c’est le refus du  Directeur sortant, par ailleurs Président de la section SNEC-ENS, de se soumettre  à la décision ministérielle, estimant que le Ministre n’a pas à contrôler le  fonctionnement de cette structure qu’il a lui-même participé à mettre en place avec  ses amis (les anciens DG de l’ENSET et de l’ENS, et l’actuel DG de l’ENS). Pis, il  prétend qu’une Ecole doctorale est affaire d’initiés, c’est-à-dire des enseignants de rang magistral, de sorte que selon lui, la tutelle n’a pas à s’immiscer dans son  fonctionnement. Voilà le fondement de l’insubordination !Il est regrettable que les Directeurs Généraux de l’ENSET, de l’ENEF et de l’ENS,  ainsi que certains hauts responsables administratifs du Ministère, soutiennent le  Directeur sortant dans sa lubie, qui rend manifeste son inculture administrative et  juridique. Car, administrativement, le Ministre en charge de l’Enseignement  Supérieur assure la tutelle de l’Etat sur l’ensemble des établissements  d’Enseignement supérieur et de recherche (art. 25 de la Loi 21/2000 du 10 janvier  2001 déterminant les principes fondamentaux de l’Enseignement Supérieur en République  Gabonaise). Et juridiquement, le même article 25 confère onze missions au Ministre  de tutelle, dont précisément le contrôle de gestion et l’orientation stratégique de la  recherche et des formations, des missions qu’il délègue au DG Enseignement  Supérieur, responsable de ce programme. Pour ma part, après avoir constaté l’entêtement de l’un et la complicité des autres qui, après plusieurs relances, ont ignoré les instructions du Ministre, par note  n°0055/MESRSTT/SG/DGES du 04 juin 2020, j’ai proposé à l’Autorité ministérielle de procéder sans conditions à l’installation des nouveaux responsables.  J’ai ensuite suggéré la dissolution de l’Ecole sous sa forme actuelle et, enfin, la  création d’une Ecole doctorale thématique sous la forme d’un pôle de compétitivité  réunissant l’ensemble des institutions universitaires exerçant dans le ou les  domaines retenus. Malheureusement, le Ministre a insisté pour qu’un Conseil  doctoral prépare l’installation des promus. La suite est connue. 

Gig : Pourtant les termes de l’arrêté, en son article 10, sont suffisamment clairs.

CDA : Vous avez raison de le rappeler. En effet, selon les dispositions de l’article 10 de l’arrêté n°00182/MESRS du 2 février 2016 portant création, organisation et  fonctionnement d’une école doctorale au sein de l’Ecole Normale Supérieure d’Enseignement  Technique, le Directeur de l’EDGE est nommé par son ministre de tutelle. Or, dès  2016, il y a usurpation au sommet, comme vous l’avez fait remarquer dans votre  article, puisque le Directeur sortant a été porté à ce poste par décision conjointe des  trois responsables de l’ENSET, de l’ENS et de l’ENEF de l’époque, en violation  flagrante du seul texte fondateur de l’Ecole, à savoir, l’arrêté n°00182/MESRS.  Cette situation a perduré jusqu’à ce que je sois porté à la tête du programme  Enseignement Supérieur en novembre dernier. Manifestement, on veut  m’empêcher de voir clair dans ce dossier. Mais il est trop tard ! 

Gig : Il est également dit que l’ancien Directeur de l’Ecole Doctorale, qui ne fait l’objet d’aucun décret de nomination, a repris du service. N’est-ce pas là une forme d’indiscipline et d’insubordination ? 

CDA : Le Directeur sortant aurait dû être nommé par une décision du Ministre, comme je viens de le rappeler, puisque c’est une décision du Ministre, autorité de  tutelle, qui crée l’EDGE. Et cela, l’article 10 de l’arrêté n°00182/MESRS le stipule  clairement. Comment expliquer alors que les DG des trois grandes écoles citées  aient pris la responsabilité de nommer un directeur en lieu et place du Ministre ? D’autre part, j’observe comme vous, avec étonnement, que le Directeur sortant avait repris du service sitôt le nouveau gouvernement connu, comme s’il avait pensé avoir plus de chance de se maintenir illégalement à ce poste avec le nouveau  Patron de l’Enseignement Supérieur. A cet effet, par lettre  n°086/MESRSTTENFC/SG/DGES du 29 juillet 2020 adressée au DG de  l’ENSET, établissement hôte de l’EDGE, j’ai ordonné la suspension des activités  de l’Ecole jusqu’à nouvel ordre. Je dois rappeler au Directeur sortant que  l’administration est continue, vu qu’il semble l’ignorer, et que le nouveau Ministre  paraît ne pas affectionner les magouilles. Certains chefs d’établissements du  Secondaire peuvent en témoigner !

Gig : Depuis 2016, l’Ecole Doctorale n’a pas encore réellement fonctionné. Pourtant au niveau du trésor public, d’après des sources syndicales, on observe des mouvements financiers inhabituels  dans le compte de l’EDGE :

CDA : Je ne sais pas quelles sont les sources syndicales qui vous informent ; je dois reconnaître qu’elles disent vrai. L’EDGE bénéficie, en effet, d’une ligne budgétaire  dédiée depuis sa création, dont l’ordonnateur des crédits est le DG de  l’établissement hôte, à savoir l’ENSET. Depuis 2016, il y a eu deux Directeurs  Généraux à l’ENSET. Je veux savoir comment ils ont géré les fonds alloués à  l’EDGE, une entité administration qui reste paradoxalement virtuelle, parce qu’elle n’existe que dans l’ordinateur du Directeur sortant, alors qu’elle a bénéficié de  plusieurs centaines de millions de nos francs. En effet, affectataire du programme  Enseignement Supérieur, je suis astreint à la production, chaque année, de deux  types de documents pour contrôle de gestion des finances publiques. D’abord, un  Contrat Annuel de Performance (CAP) en début d’année, que je cosigne avec les  Chefs d’établissements, Responsables d’Unités Opérationnelles (RUO), et le  Ministre, Chef de Mission. Ensuite, un Rapport Annuel de Performance (RAP) en  fin d’année, ce dernier document permettant aux services financiers d’apprécier la  gestion qui a été faite des budgets mis à la disposition du programme que je pilote.  Or, ce que révèle la situation de l’EDGE, c’est que certains RUO, dans la mission  Enseignement Supérieur, invoquent l’autonomie des Universités pour ne pas se  soumettre au contrôle, qui touche y compris la gestion de leurs fonds propres. Cette attitude est proprement inacceptable ! Nous devons nous convertir à  l’orthodoxie financière. En tout cas, je m’y emploie.

Gig : Monsieur le Directeur Général, votre mot de fin ?

CDA : L’EDGE est une grosse mafia depuis le début ! C’est la raison pour laquelle je n’engagerai pas ma signature dans le cautionnement de cette forfaiture. Le  Président de la République nous a instruits de procéder à l’audit des établissements  de l’Enseignement supérieur sur les cinq dernières années. Je suis pleinement  engagé dans ce travail de transparence et de reddition des comptes qu’aucune  complicité interne ne pourrait entraver. Je vous remercie.

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