Jean Gaspard Ntoutoume Ayi évoque avec nous les soixante ans de l’indépendance du Gabon. Pour lui,une meilleure gouvernance aurait produit de bien meilleurs résultats, dans une interview qu’il nous a accordé.

M. jean Gaspard Ntoutoume Ayi, le Gabon vient de célébrer son indépendance. Qu’entendez-vous par indépendance?

Le 17 août 1960, notre pays a accédé à la souveraineté internationale en tant qu’État indépendant. Depuis, cette date a été retenue pour être célébrée tous les ans. M’exprimant sur le sujet, je me suis interrogé en ces termes : « Et si, plutôt que l’indépendance, nous célébrions enfin notre fête Nationale? ». Car, limiter la célébration du 17 août au sujet de l’indépendance a pour effet de nous enfermer dans l’histoire, donc le passé colonial et néocolonial de notre pays.
Pour moi, le 17 août est notre fête nationale. Dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 20 ans, la fête nationale doit célébrer la Nation et être tournée vers l’avenir. Nous devons nous projeter vers les 30 prochaines années et nous interroger sur notre capacité à offrir à notre jeunesse d’aujourd’hui un avenir conforme au potentiel de notre pays. Cette jeunesse en quête de repères à qui il faut apporter un réel soutien, un encadrement et des valeurs citoyennes. Enfin, nous devons en cette occasion nous interroger sur la place du Gabon dans le concert des Nations et sur notre apport à l’humanité.

60 ans après, le Gabon a-t-il avancé du point de vue économique et démographique ?

En 60 ans, la population du Gabon a été multiplié par quatre. Le PIB, à prix constant de 2010, est passé de 2,2 milliards de dollars US en 1960 à 19,2 milliards de dollars US en 2018. La production de richesse a ainsi été multipliée par 8,7 au cours de cette période. Peut-on pour autant dire que notre pays a avancé ? Certes, le Gabon est plus doté en infrastructures de toutes natures (routes, écoles, hôpitaux, etc.). Mais chacun reconnait qu’au regard du potentiel naturel du pays, une meilleure gouvernance aurait produit de bien meilleurs résultats. Nous devons prendre conscience de cette insuffisance pour construire l’avenir.
Pour les 30 prochaines années, nous devons avoir pour notre pays une ambition réelle et nous donner les moyens de la réaliser. Parce que chaque enfant de ce pays pourra se rendre dans une école moderne à moins de 30 minutes de son domicile, l’école cessera d’être un souci pour les familles. Parce que chaque Gabonais saura trouver un Médecin à moins d’une heure de son domicile, la santé pour tous sera enfin un objectif atteint. Parce que toutes les frontières du pays et toutes les capitales provinciales seront reliées à Libreville par une route bitumée, et qu’il en sera de même pour toutes les communes avec les capitales provinciales, la route cessera d’être un sujet de préoccupation et les agriculteurs pourront écouler leur production dans tout le pays et en vivre dignement.

Quels sont les facteurs qui peuvent déterminer l’indépendance d’un pays ?

L’indépendance du Gabon doit se mesurer dans la capacité du pays à construire un avenir pour sa jeunesse. Notre pays doit offrir une réponse, un avenir et une espérance à chaque jeune. Nos jeunes ont besoin de s’instruire, de se cultiver, de s’épanouir, de se construire afin de participer à leur tour à la construction du pays. Nous sommes dans l’obligation de tout mettre en œuvre pour réaliser cette ambition pour chaque jeune Gabonais. Nous nous devons de redonner à la jeunesse de notre pays la possibilité de rêver d’un avenir différent que celui d’espérer être un jour nommé en conseil des ministres. Notre pays en a le potentiel naturel et humain.
L’État de droit, la démocratie et la justice constituent les fondements de notre pacte républicain, donc de l’indépendance. Malheureusement, la situation de crise endémique que connait le pays, paralysé par l’état de Monsieur Ali Bongo et l’imposture qui s’est installée à la tête du pays, nous en éloigne chaque jour un peu plus. La déclaration de la vacance de la Présidence de la République relève de l’urgence. Continuer, comme le font certains, à se mettre la tête sous le sable ne sortira pas le pays de cette crise. Nous devons avoir le courage de regarder la situation en face et de prendre les décisions qui s’imposent. Le courage de regarder la situation en face et de prendre les décisions qui s’imposent.

 

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