« Nul n’est prophète en son pays ». Cette phrase à consonance biblique nous édifie lorsqu’il s’agit d’évoquer le parcours professionnel du Professeur Donatien Mavoungou, condamné tout au long de sa vie à côtoyer « la basse classe » parce qu’il ne lui était pas fait de place dans le monde qui était le sien à l’échelle nationale. Bienheureusement, toutes ses sorties à l’international ont toujours été couronnées de succès retentissants qui n’ont jamais hélas été accompagnés de reconnaissance, encore moins d’encouragement sur les terres qui l’ont vu naître. « Ainsi va la vie ? ».

Tous ceux qui comme nous ont pris la peine de suivre attentivement le combat de l’illustre disparu, ont pu aisément se rendre compte qu’il ne lui a toujours pas été facile de s’exprimer au Gabon, son pays, mais plutôt à l’étranger dans des grands fora scientifiques, notamment en Afrique du Sud et au Canada, pays auquel il aurait, selon certaines indiscrétions, vendu la licence sur sa trouvaille « l’IM28 ». En quoi un Conseil des ministres peut- il être compétent pour juger de la pertinence des recherches entreprises pendant des années par un éminent scientifique reconnu sur l’échiquier international comme faisant partie des spécialistes qui se sont investis avec bonheur dans la quête d’un vaccin pour ne pas dire d’une invention susceptible d’assurer au porteur du VIH, une immunité à nulle autre pareille. Et pourtant, contradiction flagrante, c’est à Libreville qu’à l’issue d’un tour de table autour du président de la République de l’époque, tous s’en souviennent, à moins qu’ils soient gagnés par le démon de l’hypocrisie si ce n’est par l’amnésie, ce qui constituerait un crime, les membres du gouvernement avaient, contre toute attente, et alors que l’on attendait qu’ils encouragent le chercheur gabonais qui avait déjà pignon sur rue, bien que ce ne soit pas forcément sur le plan intérieur, après tout, n’admet- on pas que toute sommité est enfant du monde, avons- nous envie de dire, décidé de lui faire arrêter son travail pourtant très avancé aux dires de la communauté scientifique internationale qui « n’a pas d’état d’âme » et brille par une honnêteté sans reproche. « L’IM28 » a pourtant survécu aux médisances « innocentes » si l’on tient compte du fait que beaucoup ne savaient rien de ce qu’il en était, ce pourquoi il devait simplement leur être demandé de se taire, quand elles n’étaient pas faites dans le but de nuire à la notoriété de quelqu’un qui tournait le dos aux sollicitations scélérates et aux chants de sirène. Le Professeur Donatien Mavoungou a su toute sa vie garder la tête sur les épaules, ne cédant à rien, même pas aux chantages. Il aurait bien pu, à l’instar de nombre d’instruits qui ont troqué la science contre quelques royalties, accepter l’inféodation au système politique dont on sait qu’il n’accouche pas essentiellement de bonnes choses, mais il a à cela préféré la liberté nécessaire aux hommes d’esprit s’ils tiennent à ce que leurs inventions portent leurs marques et surtout convainquent leurs homologues par leur pertinence tant la science ne supporte pas les « à- peu- près » que l’on admet cependant ailleurs.

Un patrimoine national et international

Il n’est plus à penser quel hommage sera réservé au « savant » qui, comme les Cheick Anta Diop, se sont distingués du commun des mortels sans bénéficier des dividendes qu’aurait pu leur fournir leur activité dans un monde où ce sont le plus souvent les « inaptes » qui tirent profit de la société. Adoubé par la communauté scientifique internationale, rien qu’à penser qu’il se préparait, à la veille de sa mort, à faire le voyage de Paris où il devait présenter officiellement son livre et juste après répondre présent à une conférence scientifique organisée à Montréal au Canada, conférence au cours de laquelle il devait figurer parmi les cinq conférenciers triés sur le volet, la République devait mesurer l’étendue de la perte sans même avoir besoin de réfléchir aux questions liées à l’appartenance ethnique ou politique comme c’en est souvent le cas malheureusement. Le Professeur Donatien Mavoungou, ce devrait être un patrimoine national, avant que d’être international, disparu. Ce pourquoi, ce qui devrait à pareil moment importer, c’est de savoir comment veiller à perpétuer son œuvre, plutôt qu’à verser des larmes de crocodile. Sûr que si l’illustre disparu avait été informé de son départ et qu’il avait l’occasion au soir de sa vie de savoir quand est- ce que sa mort interviendrait, il n’aurait, pour manifester sa hauteur d’esprit, pas hésité un seul instant à produire, comme beaucoup de grands Africains avant lui, un testament à travers lequel il aurait recommandé qu’on l’enterrât dans un linceul pour ne pas avoir à subir, comme bon nombre, l’hypocrisie sociale, sachant, lui, « le sage », ce qu’en pensait François de la Rochefoucauld pour qui : « l’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ». Le Professeur Donatien Mavoungou, peut- on affirmer, faisait désormais partie de ces Gabonais qui avaient décidé de mettre le Gabon entre parenthèses, c’est- à- dire qu’ils y vivent sans plus se sentir concernés par quoi que ce soit, tellement ils décrient sans avoir l’impression qu’ils sont suivis des maux de tous genres tels l’apatridie, l’absence d’honnêteté intellectuelle et de moralité, frustrés qu’ils sont par le fait qu’ils n’aient jamais, dans le pire des cas ou seulement par moments dans le meilleur des cas, vu leur travail accompagné de reconnaissance ou d’encouragement sur les terres qui les ont vu naître.

 

« Nul n’est prophète en son pays »

D’aucuns, parce que démissionnaires, auraient avancé qu’ainsi va la vie ! Aurait- il été pareil pour Donatien Mavoungou ? Sûr que non quand on sait son engagement à convaincre sur la pertinence de ses activités scientifiques quand on sait que « l’IM28 » rejeté par la classe politique gabonaise, encore qu’il faut relativiser sachant la dite classe politique pas foncièrement animée par l’idéal de solidarité gouvernementale à elle exigée par la première des institutions, à savoir le président de la République, fait du chemin, nous souhaitons seulement que les collaborateurs du brillant Professeur s’inscrivent dans la continuité, quelles que soient les pesanteurs, pour que les nationaux ou toutes les personnes vivant en territoire gabonais et abonnés à la médicamentation du Professeur gardent leurs repères si jamais ils sont convaincus de son efficacité et qu’avec les Sud- Africains et les Canadiens qui consomment avec effet positif l’invention ou le produit du Professeur Donatien Mavoungou, ils participent à l’œuvre de refoulement des préjugés installés dans les « esprits faibles », pour ne pas clairement dire chez les imbéciles par ceux que cela intéresse de relayer à la commande des fausses nouvelles, même quand ils ne sont pas du tout en mesure d’argumenter et de soutenir leur thèse. S’il est des personnes courageuses dans cette République, à commencer par les membres du gouvernement, souvent prompts à condamner leurs compatriotes manifestant une certaine liberté de ton, qu’elles restent cloitrées chez elles et s’abstiennent d’aller rendre un hommage entaché d’hypocrisie à une personnalité qui se retournerait forcément dans sa tombe du fait de se savoir honorée à titre posthume, alors qu’elle méritait les « viva » de ses compatriotes de son vivant. Le Professeur Donatien Mavoungou parti, nos prières vont désormais dans le sens de la préservation de son œuvre gigantesque, certes pas arrivée à son terme du fait des synergies créées par ses frères de détracteurs, mais qui mérite bien de faire école, eu égard au fait que ce n’est pas demain la veille que quelqu’un se lèvera pour nous proposer une invention reconnue par la communauté internationale, surtout dans un domaine aussi pointu que celui de la lutte contre le VIH. On n’a plus qu’envie de paraphraser nos anciens qui disaient (aux initiés bienheureusement) que ceux qui partent sont des hommes, ceux qui restent en sont aussi.

JGN

 

 

 

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