PAR JEAN-CHRISTIAN KOMBILA *

À MI-MANDAT du septennat présidentiel, s’il est un Discours à considérer, au fond, comme capital au cours de cette décennie, c’est sans conteste celui délivré, mardi 31 Décembre 2019, par le Chef de l’Etat, M. Ali Bongo Ondimba, lors des traditionnels Voeux à la Nation. Il faut y voir le signe patent d’une véritable reprise en mains du gouvernail !

Au grand dam, en tout cas, des responsables publics volontiers véreux et des politiciens viscéralement sceptiques, qui forment en réalité le front permanent du statut quo ante, transcendant les cloisonnements partisans. Ce faisant, des raisons objectives confèrent à ce Discours une dimension historique évidente. Du reste, au même moment où, le président de la République consolide son retour politique au premier plan, il transforme cette opportunité en une circonstance exceptionnelle, positionnant plus que jamais le peuple gabonais comme son interlocuteur privilégié.
Fort de son charisme naturel enviable, seul élu de la Nation, c’est d’elle seule aussi, qu’en tant que Chef de l’Etat, lui, Ali Bongo Ondimba, tient sa légitimité. Autrement dit, nulle personne investie des charges publiques par sa volonté discrétionnaire, au sein de l’Exécutif, ne peut tenter de revendiquer impunément ladite légitimité au mépris du respect des compétences constitutionnelles pourtant établies.
Puis, on note également que cette intervention solennelle se présente assurément comme une Arme politique servant à remettre les points sur les « I » dans l’appareil d’État, pour ramener de l’ordre dans les rangs, au risque de voir certains se fouvoyer, en plus de faire un mauvais usage de la Liberté. Sans parler d’abus intolérables dans leurs positions de pouvoir respectives.  » La corruption n’a pas de place au Gabon » a-t-il fait savoir, plaidant au passage pour des « sanctions sévères », conformes aux lois en cas de forfaitures avérées.
Enfin, ce Discours a valeur de leçon inaugurale de l’année 2020, destinée à ces derniers, afin qu’ils assimilent une fois pour toutes qu’ il ne saurait exister de Liberté sans encadrement.
Les dérapages coupables, à l’origine des poursuites judiciaires engagées par le Parquet de la République, à Libreville, contre d’anciens ministres et hauts cadres, presque tous formatés par les « écoles du Capitalisme », avec leurs limites structurelles, justifient amplement cette Leçon politique. Car, la Liberté en question n’est, en effet, possible que dans l’ordre. Mieux, l’Ordre républicain ! Au-delà, il est un hymne au modèle politique gabonais.  » Nous avons nos divergences(…) Sources d’enrichissement. Mais, ce qui nous lie, l’amour de la patrie, est plus fort que ce qui pourrait nous diviser ». C’est l’existence de cette ligne infranchissable encore, historiquement ancrée dans les moeurs, qui rappelle la conception finalement originale de la compétition politique, et dissipe toujours tout scénario catastrophe.
Concrètement, le pays vit tournant décisif pour l’avenir qui projette pour 2020 le progrès social. Ali Bongo Ondimba s’est présenté devant la Nation en garant d’un « Etat fort ». Le Chef de l’Etat a affiché sa volonté ferme de réorienter enfin l’action politique en faveur du bien-être de la grande majorité des Gabonais confrontés au mal-vivre et être. Durant
« Cette année 2019, le Gabon a connu des épreuves. Ces épreuves, notre pays les a surmontées et traversées. Avec force et détermination. Jamais, nous n’avons vacillé » s’est félicité le président de la République, allusion implicite faite, entre autres, l’AVC l’ayant éloigné du pays pendant sa période de convalescence.
« L’État gabonais est un État fort, très fort. Nos institutions sont solides. C’est pourquoi le Gabon est un pays stable » ajoute Ali Bongo Ondimba. Incontestablement ! Cette mention spéciale à l’organisation institutionnelle gabonais, éprouvée par l’expérience au fil des ans, va néanmoins de pair avec un réel souci de revalorisation de la politique à l’échelle nationale. C ‘est d’autant plus fondé que la cadence infernale des affaires risque de jetter durablement une boule puante sur la finalité de l’activité politique. A ce niveau se ressent un vif besoin de refondation. Le Chef de l’Etat y voit un chantier à ouvrir sans tarder.
Du coup, son Discours sonne comme une Lettre de cadrage, sinon même de recadrage présidentielle destinée au Gouvernement, et articulée autour du triptyque  » UNION, TRAVAIL, JUSTICE ». A méditer méthodiquement. Ce, même s’il est vrai que le président Ali Bongo Ondimba a donne un contenu dense, technique et spirituel, à ces principes fondateurs de « notre identité  » collective. Lesquels ont été, depuis toujours, à la base du modèle politique gabonais, jadis réputé consensuel et adhésif.
Théoriquement, la vision présidentielle reste empreinte de noblesse. Au gouvernement de la concrétiser pied à pied en s’employant à ne guère perdre le soutien populaire. Premier ministre, Julien Nkoghé Békalé dispose de toutes les cartes en mains pour se montrer à la hauteur des enjeux sociétaux, grâce à une politique plus interventionniste de l’Etat visant à corriger les excès en vogue, proches de l’ultralibéralisme : Chômage de masse, précarisation de l’emploi, entreprises mettant la clé sous le paillasson… D’emblée, le « 2 Décembre » est tenu de faire coexister l’exigence d’un État puissant et efficace, avec la nécessité de contrôler, voire de limiter l’autorité politique, afin que les détenteurs des charges publiques cessent de se comporter en roitelets. Le temps pour chacun, personne physique ou morale, de répondre de ses actes a sonné au nom de l’Etat de droit. En plus, il faut restaurer le leadership de la Primature sur les ministères et l’Administration, réussir surtout à bâtir une réelle osmose témoignant d’une active solidarité gouvernementale.
A bien écouter le Chef de l’Etat, l’urgence sociale est telle que l’ère des balbutiements gouvernementaux a cédé la place au pragmatisme pour coller à la nouvelle donne induite par l’attente des « résultats » significatifs sur le terrain. Dans le contexte socio-politique actuel, marqué par une dramatisation des enjeux économiques, sociaux, environnementaux et sécuritaires,
Le Cabinet Nkoghé Békalé II, plébiscité à l’Assemblée nationale, via le Vote de Confiance obtenu, vendredi 27 Décembre 2019, ne doit pas décevoir. Les promesses en matière d’emplois-jeunes, la lutte contre le chômage, la précarité et la pauvreté devront être respectées. Manifestement, les erreurs, l’arrogance et les errements décriés ne sauraient être tolérés au sommet de l’Etat. En revanche, il a des atouts à faire valoir en montrant qu’il n’y a pas lieu de craindre l’avenir puisque « notre » capacité d’action demeure intacte. Les moyens existent : Infrastructures routières (135 milliards). Éducation, Enseignement supérieur et Formation professionnelle (117 milliards). Gestion des Déchets (10 milliards ). Santé (16 milliards ). Eau, Électricité (42 milliards )…. Objectif : reconstruire en dur  » La Maison divisée contre elle-même » à cause de l’irresponsabilité et le goût du luxe et de la luxure caractéristiques de certains.
Même si la pression populaire s’accroît sur fond de précarités, on perçoit que le « 2 Décembre  » est visiblement sur la même longueur d’onde que le Chef de l’Etat. En vue de retrousser les manches, montrer l’exemple et prôner le plein emploi. C’est-à-dire faire acte de présence utile pour l’Exécutif, et veiller à faire travailler ceux qui sont payés par le budget de l’Etat à effectuer une tâche précise. Et non à se tourner sans cesse les pouces. Être plus imaginatif, est l’ultime enjeu de ce Cabinet Nkoghé Békalé II. « Ma patience a des limites » avertit Ali Bongo. En tout cas, la présidence de la République entend désormais être plus attentive aux comportements des uns et des autres. Tant mieux ! Y compris que la Route devienne la priorité centrale. Un symbole. Etant donné que le long chemin ardu menant vers la Prospérité et la Liberté, implique de construire des ponts et des lignes numériques pour connecter la Nation et transformer l’Economie à l’horizon 2023.
 » Notre société est forte parcequ’elle est unie (…) L’Union, c’est le bien le plus précieux que nous avons en partage, et que nous devons conserver  » conclut le Chef de l’Etat. A juste titre ! Pour être digne de l’héritage « Gabon d’Abord » légué par les Anciens. Alors, préserver l’Union et la transformer, reste la vocation naturelle d’un gouvernement responsable devant le peuple. En somme,  » cette stabilité reconnue par la Communauté internationale » en dépend. Qui plus est, si l’on veut tirer un avantage comparatif de la voix audible et spécifique du Gabon dans le concert des nations :
Celle de la Paix et de la défense de l’Environnement.
Auparavant, à l’ère de la régulation de l’offensive du Mouvement social, pour le gouvernement, être le Gardien de cet héritage passe, en interne, par le refus de laisser prospérer l’insécurité, le péril sanitaire et social justement à travers le pays. Méritoires sont en définitive les réformes engagées à ce jour dans ce secteur afin de symboliser le retour spectaculaire du politique. Il s’agit d’un mouvement offensif et dynamique à visage Humain, porté par l’Exécutif, en phase avec le Pacte des Nations Unies relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Lequel est complété par les Conventions de l’Organisation du Travail. Y figurent, au final, la reconnaissance, assortie de garanties, du droit à l’emploi piur tous, et à des conditions de travail justes et favorables. Voire du droit à la Protection de la Famille. Tout le sens du plaidoyer présidentiel. Bref, une remobilisation des forces vives dans cette voie et sur cette base bénéficiera d’un écho fort, pour envisager sereinement l’essor d’un « Miracle gabonais ».

Journaliste Politique.

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