PAR : JEAN CHRISTIAN KOMBILA *

LA Communauté économique des États de l’Afrique centrale est sans aucun doute l’espace géopolitique notoire, au sein duquel le Gabon s’inscrit historiquement pour asseoire son leadership diplomatique. Ce, en raison de sa Responsabilité particulière, sinon unique, dans la conduite des Affaires communautaires.

Autant qu’on sache, c’est au cours d’un Sommet mémorable des Chefs d’États et de gouvernements, organisé le 18 Octobre 1983, en terre gabonaise, que l’Institution sous-régionale fut créée en vue de garantir l’intégration économique. Au fil des ans, cette vocation originelle a été élargie à la promotion de la Paix et de la sécurité. Dans l’entendement des pères fondateurs, déjà, ce vaste ensemble composé aujourd’hui de onze États membres, ne doit pas seulement être une zone de compétition économique et commerciale, mais dorénavant une véritable communauté de Valeurs et de destin, solidaire et responsable. Cette noble vision est plus que jamais partagée à l’unisson, y compris des peuples. Auparavant, cette Responsabilité incombe autant aux Anciens dans la fonction présidentielle, qu’à la nouvelle génération des Chefs d’États, au premier rang desquels figure le président gabonais, Ali Bongo Ondimba. Leur mission : concrétiser l’intégration régionale, faciliter l’émergence de ce grand marché, et favoriser les échanges commerciaux, ainsi que la libre circulation des opérateurs économiques et des peuples. Mieux, face aux nouveaux défis stratégiques et globaux, qu’impose la Mondialisation, la seule tâche qui vaille, n’est autre que la Réforme institutionnelle, pour préparer la CEEAC à une nouvelle donne. Telle a donc été la tâche de la présidence tournante de la Communauté. Le Gabon l’a assurée avec brio. Les résultats obtenus sur le mode consensuel et adhésif, en particulier la mutation du Secrétariat général de la CEEAC en Commission, sorte de gouvernement sous-régional, sont édifiants. A maints égards, le ministre des Affaires étrangères, Alain-Claude Bilie-By-Nze s’en fait l’écho :
 » Un Secrétariat général apparaissait comme une Assemblée de fonctionnaires. Et tel qu’il était constitué, chaque fonctionnaire se comportait comme un défenseur de son pays, et non de la Communauté. »
Puis, le Chef de la diplomatie gabonaise précise avec pertinence : « Donc, nous passons d’un Secrétariat général à une Commission comprenant 5 départements ( Affaires politiques, Paix, Sécurité, Développement durable…) avec à sa tête un président ». Ainsi, il souligne la nécessité de doter à l’avenir cette Commission de pouvoirs propres et réels, en plus d’avoir des commissaires sous-régionaux aux compétences avérées, qu’entourent des prérogatives claires, pour défendre objectivement les premières.
Le mérite de la diplomatie gabonaise est de s’être déployée sans compter, en vue de fédérer les énergies et aller au bout de cette mission capitale.
Elle a révélé un ministre des Affaires étrangères au « Savoir faire à toute épreuve ». Véritable « Diplomate du président », M. Biie-By-Nze a parcouru les diverses capitales des pays membres au pas de charge, en vue de rendre compte, dresser les points d’étape, et montrer comment la présidence gabonaise comptait faire avancer la CEEAC. Non san difficultés, mais en tenant les engagements pris devant les Chefs d’États et de gouvernements. En soi, il s’agit d’une performance politique incontestable qui repositionne son département ministériel comme un Acteur incontournable de l’action diplomatique du Gabon. En outre, lorsqu’on juxtapose un certain nombre de faits historiques inhérents à l’Histoire en marche de la CEEAC, dont Libreville abrite le siege, auxquels s’ajoutent les gains multiformes engendrés par ce Sommet marquant le retour au premier plan du président Ali Bongo Ondimba, on note que le Gabon a bien conscience qu’au XXIè siecle, les peuples et les nations ont des intérêts communs ». Du reste, lorsque le Chef de la Diplomatie gabonaise pointe l’esprit étriqué des fonctionnaires recroquevillés sur les micro-intérêts des Etats, cela jette une lumière crue sur tout le chemin qu’il reste à parcourir pour construire l’esprit et l’identité communautaires.
Cela dit, force est alors de reconnaître que ce regain de leadership diplomatique enseigne une de politique inaugurale, fondant le style original de ce mandat du Gabon : Ne guère reculer devant les difficultés et les retenues, mais au contraire se colleter aux problèmes tels qu’ils se posent, afin de les résoudre efficacement.
Du coup, en cette fin 2019, Libreville renoue avec sa riche tradition de place importante des relations inter-africaines, où passent les actions diplomatiques d’envergure. De fait, cette présidence tournante de la CEEAC, est porteuse d’une conviction majeure. L’Union africaine, représentée à ces assises par le président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, a besoin d’une CEEAC dynamique. Idem pour les Nations-Unies, dont me Représentant Spécial du Secrétairegénéral de l’ONU, Chef du Bureau de l’ONU en Afrique centrale, (UNOCA), François Lousseny Fall, était en bonne parmi les hôtes de marque de cette IXe Session du Sommet extraordinaire des Chefs d’États et de gouvernements.
Ce faisant, le Gabon retrouve une voix diplomatique forte et audible au-delà de la Communauté. Cette presidence gabonaise réformatrice lui projette une décennie de decollage, grâce à la mise place de la Contribution communautaire d’intégration (CCI), autrement le nerfs de la guerre, pour permettre à la Commission d’être utile aux peuples et aux nations. Ce résultat acquis de haute lutte n’est pas moindre. Au contraire, il en rajoute au lustre de ce succès diplomatique. Lequel souligne que le Gabon n’est à la hauteur de l’Histoire qu’en refusant la fatalité et l’immobilisme, pour s’engager et montrer le chemin. Au nom des Valeurs universelles (la Liberté économique et commerciale, la Justice, les Droits de l’Homme, la Démocratie….) auxquelles s’identifie la CEEAC. Enfin, un fait politique et diplomatique n’est pas, passée inaperçu. Au contraire, il est riche de sens et digne d’intérêt : la visite de Travail et d’Amitié, du président du Niger, Mahamadou Youssoufou, portant sur la coopération bilatérale et la Sécurité collective implicant la lutte cobtre le terrorisme, effectuée jeudi 20 décembre 2019, à Libreville, le lendemain du rendez-vous solennel des dirigeants de la sous région. Au final, dans une sous-région en proie aux convulsions permanentes, et en situation  » d’extrême urgence de la Paix », nécessitant des actions crédibles de Médiations en terre gabonaise, comme pour la RCA en Janvier 2013, la CEEAC se présente comme un Multiplicateur d’influence de la diplomatie gabonaise. Elle-même articulée autour de la promotion de la Paix et du Développement. Enfin, au cours de cette décennie, le Gabon a été élu membre non permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, pour la période 2010-2011, et en a assumé par deux fois la présidence !

Journaliste Politique.

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