Après la communication du porte-parole du gouvernement, à peine voilées de menaces sur toute personne qui demanderait l’activation de l’article 13 de la constitution, puosque disent-elles que les institutions fonctionnement normalement et que le président Ali Bongo serait aux commandes. Ce que refutent une partie de l’opinion, de l’opposition et de la société civile. Jean Gaspard Ntoutoume Ayi membre fondateur de « l’Appel pour Agir » répond au gouvernement.
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Gabon-infos.ga : M. Jean Gaspard Ntoutoume Ayi que pensez-vous de la sortie du gouvernement de ce jour sur l’interdiction faite à toute personne qui demanderait l’activation de l’article 13 de la constitution?

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi: Ce vendredi 08 mars 2019, dans un style pamphlétaire auquel nos compatriotes sont malheureusement habitués, le Porte-parole du gouvernement a lu et transmis à la presse un communiqué dans lequel le gouvernement invective et accuse, sans jamais les citer, des Gabonais, désignés comme leaders de partis politiques, responsables syndicaux ou membres de la société civile.

Le lendemain samedi 09 mars, le service communication de la Primature a fait parvenir aux différents médias un communiqué indiquant que le Premier ministre, contredisant le porte-parole du gouvernement, a fait le tour des marchés de Libreville pour « sonner la fin de la récréation » concernant le débat sur la déclaration de la vacance de la Présidence de la République en déclarant : « Je profite de cette occasion pour mettre en garde les compatriotes qui continuent à évoquer l’éventualité d’une vacance du pouvoir ».

Je suppose donc que c’est sur la base de ces deux communications que vous fondez votre questionnement. Et je vous comprends.

Le droit à l’information est un droit fondamental qui oblige le gouvernement à porter à la connaissance du citoyen les informations d’ordre public. Or, les informations sur l’état de santé du président de la République sont approximatives, évasives et inconstantes. Son absence prolongée du territoire fonde chez l’immense majorité des citoyens la conviction qu’il n’est pas en capacité de gouverner. D’où des demandes incessantes et logiques pour la constatation de la vacance de la Présidence de la République.

Le Premier ministre, qui est régulièrement renseigné sur l’état de l’opinion, ne peut ignorer que plus de 7 Gabonais sur 10 sont convaincus, à tort ou à raison, que le Gabon n’est pas dirigé par Monsieur Ali Bongo. Alors, si comme le menace le gouvernement, tous les Gabonais qui réclament la déclaration de la vacance de le Présidence de la République devaient rejoindre Bertrand Zibi à la prison centrale de gros-Bouquet, cela risque de faire beaucoup de monde.

Pour notre part, nous avons adressé depuis le 04 mars 2019 une demande d’audience au Premier ministre pour lui présenter le bien fondé de notre initiative et lui rappeler la nécessité de sortir par le haut de cette crise qui compromet gravement la stabilité de notre pays. Nous ne pouvons croire un seul instant que cette demande d’audience restera sans réponse et que le gouvernement se dissimulera, une fois encore, derrière les menaces de poursuites judiciaires, révélatrices d’une pratique politique fondée sur l’instrumentation de la justice par l’exécutif.?

Gabon-infos.ga: On vous accuse de vouloir renverser un pouvoir dont les institutions fonctionnement normalement, que répondez-vous?

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi: Depuis le 24 octobre 2018, au mépris total des dispositions constitutionnelles et dans le silence complice des institutions, un groupe de compatriotes exerce frauduleusement le pouvoir suprême. Non, nous ne voulons en rien renverser un pouvoir dont les institutions fonctionnent normalement. Bien au contraire, nous voulons retirer le pouvoir des mains des compatriotes qui l’on confisqué de puis le 24 octobre 2018 en violation de la Constitution.

Nos intentions sont constitutionnelles, donc légales et républicaines. Notre initiative a été rendue publique le 28 février 2019 à la Chambre de Commerce. Qui peut prétendre aujourd’hui au Gabon que les Institutions fonctionnent normalement ? Suffit-il de le clamer pour que cela soit vrai ? Devons-nous faire un cours de droit constitutionnel pour rappeler à nos compatriotes le fonctionnement normal et régulier des institutions ?

Lorsque l’on falsifie la signature du chef de l’État, avec la complicité du Gouvernement et le silence bienveillant de la Cour Constitutionnelle, peut-on vraiment dire avec assurance que les institutions fonctionnent normalement ?

Qui dirige aujourd’hui le Gabon ? C’est la question fondamentale que nous devons tous nous poser. Au Gabon comme à l’étranger, chacun se pose cette question sans pouvoir y apporter une réponse conforme à la Constitution. Le désordre s’est installé au sommet de l’État, ruinant les minces et fragiles acquis de l’État de droit, de la Démocratie et des droits de l’Homme.

Nous n’avons pas le droit de laisser s’installer plus longtemps cette situation. Parce que nous refusons d’être, par notre silence et notre inaction, les complices de cette imposture. Nous avons donc lancé cette initiative qui vise, non pas à opposer les Gabonais, mais à rassembler sans exclusive tous les citoyens qui ont à cœur de sauver notre pays du péril qui le menace.

Gabon-infos.ga: Est-ce que la constitution donne à chaque individu à défendre la patrie quand tout va de travers?

JeanGaspard Ntoutoume Ayi: Autrementt dit, vous vous demandez qui sommes-nous pour lancer cet Appel à Agir ? Nous, Placide Aubiang Nzeh ; Noël Bertrand Boundzanga ; Elza Ritchuelle Boukandou ; Franck Ndjimbi ; Nicolas Nguéma ; Jean Gaspard Ntoutoume Ayi ; Anges Kevin Nzigou ; Marc Ona Essangui ; Edgard Owono Ndong ; et Maxime Minault Zima Ebeyard, sommes des citoyens Gabonais.

Nous sommes des citoyens libres, conscients et responsables. Nous venons d’horizons divers, de partis politiques et de la société civile. Nous sommes des enfants de la République, éduqués et formés à l’école de la République avec l’argent public. C’est à l’école de la République qu’on nous a enseigné les valeurs qui fondent notre démarche de ce jour. Nous sommes convaincus que la politique, comme la gestion d’un État, ne se ramène pas à la protection d’intérêts égoïstes. Enfants de la République, nous devons défendre le bien commun.

Notre engagement participe avant tout d’un engagement éthique, donc moral. Par ailleurs, nous sommes en République. L’égalité en droits est le principe qui fonde la République. Chaque Gabonais, quel qu’il soit est soumis à l’autorité de la loi. Notre démarche est républicaine, nul ne peut nous le contester.

Croyez-moi, les agitations du gouvernement dissimulent très mal la pertinence de notre démarche. La déclaration de la vacance de la Présidence de la République s’impose désormais à tous comme une évidence. Le nier ne sert pas le Gabon.

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